Les jeunes défenseuses des droits humains poussent au changement malgré les tentatives de les faire taire

© DCI / Protecting and Safeguarding Girl Human Rights Defenders at the UN, Palais des Nations

Il faut du courage pour une fille de faire entendre sa voix dans une communauté où les femmes et les filles sont vulnérables à la violence. Emah, 16 ans, vient de Mauritanie, un pays où 66% des filles subissent des mutilations génitales féminines, alors que cette pratique néfaste est interdite par le gouvernement. Dans la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF), elle représente une position impopulaire. « je voulais dénoncer cela à travers l’art« . Sa peinture sur les MGF a remporté le premier prix du Prix des Droits des Enfants de DEI, ce qui lui a permis de participer aux célébrations du 30e anniversaire de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CIDE) à l’ONU à Genève. Le 19 novembre, elle a pris la parole lors d’un événement parallèle organisé par Défense des Enfants International, en partenariat avec Plan International et Terre des Hommes International dans le cadre de l’Alliance du plaidoyer pour les filles[1]: Protéger et promouvoir les défenseuses des droits humains des filles: Encourager l’action et faire face aux menaces croissantes.

Coparrainée par la Mission permanente du Royaume des Pays-Bas, la ville et le canton de Genève, cette manifestation a rassemblé des intervenants de haut niveau, dont Annette Lyth du Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies chargée de la question de la violence à l’encontre des enfants, mais aussi Meskerem Geset Techane, présidente du groupe de travail des Nations unies sur la question de la discrimination à l’égard des femmes et des filles, Monique van Daalen, ambassadrice et représentante permanente du Royaume des Pays-Bas auprès des Nations unies à Genève, et Abdul Manaff Kemokai, président du Mouvement DEI et directeur exécutif de DEI-Sierra Leone. Ils ont examiné le potentiel unique des filles qui défendent les droits humains dans la société et ont exploré des solutions pour lutter contre les représailles et l’intimidation contre elles. Le panel était animé par Carrie van der Kroon, coordinatrice du programme Droits de l’enfant et exploitation sexuelle de Défense des Enfants – ECPAT Pays-Bas.

© DCI
© DCI
© DCI / Abdul Manaff Kemokai, President of DCI, Monique van Daalen, Ambassador of NL in Geneva, Carrie van der Kroon, Defence for Children-ECPAT Netherlands, Annette Lyth, from the Office of the SRSG-VAC, and Meskerem Geset, UN WG Disc. Against Women&Girls

Des filles qui dénoncent les violations des droits

Les enfants ont le droit de participer aux discussions sur toutes les questions qui les concernent. Cependant, c’est loin d’être une réalité. Défendre les droits des enfants en tant que mineur n’est pas nécessairement facile. Dans certains pays les opinions et la participation des femmes et des filles à ces débats et processus de prise de décision sont considérées comme moins importants, voire exclus. C’est particulièrement le cas dans les contextes dans lesquels les filles et les jeunes femmes doivent s’organiser et s’exprimer malgré une double discrimination fondée sur l’âge et le sexe. Nous avons plusieurs témoignages de défenseuses des droits humains pendant la Journée de débat général en 2018 sur les enfants, qui  ont été victimes d’actes d’intimidation ou de menaces, bien qu’il soit important de souligner qu’aucune donnée officielle n’est disponible dans ce domaine.  Abdul Manaff Kemokai a reconnu le courage d’Emah en soulignant que « rien n’est aussi puissant qu’une fille qui dit « non », dans sa communauté, à la violence sexiste. Les filles ont démontré qu’en travaillant en groupe pour défendre leurs droits fondamentaux, elles sont mieux protégées. Les autres le savent: « nous ne pouvons rien faire à ce groupe car il est plus fort ».

« Certaines personnes essaient de m’empêcher de le faire, parce que dans mon pays, le dessin et la peinture ne sont pas très importants. Pour moi, c’est simplement une façon de m’exprimer », a déclaré Emah. Son père est l’un de ses principaux défenseurs de la cause et l’encourage à continuer avec son passe-temps et son talent. Avec ce dévouement, elle a organisé un atelier d’art pour aider d’autres enfants. « J’espère que les gens vont mettre fin à cette pratique (MGF) en Mauritanie ».

Les filles comme agents du changement

Bien que la contestation des rôles sociaux soit compliquée dans la société, les filles se sont révélées être une force indispensable dans la défense de leurs droits. Monique van Daalen a souligné que « les filles qui défendent les droits humains sont un moteur très important pour générer un changement positif et réaliser l’égalité des sexes« . « Ma tête est couverte, pas mon cerveau!« , s’est exclamée l’une des filles de la vidéo diffusée lors de son intervention. Elle a assuré que le gouvernement néerlandais continuerait à soutenir les défenseuses des droits.

Annette Lyth: « Nous devons donner aux filles la possibilité de s’organiser et de se réunir de manière sûre. Cependant, cela signifie également que nous devons changer notre façon de penser. Nous devons également soutenir les filles qui, par exemple en temps de guerre et de conflit, ne se comportent pas conformément à nos normes et à nos idées. De cette manière, nous pouvons involontairement, en tant qu’adultes, contribuer au problème plutôt qu’à la solution ».

Les défenseurs des droits des enfants sont de plus en plus reconnus au niveau des Nations Unies. En 2018, le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies a consacré sa journée de débat général aux enfants en tant que défenseurs des droits humains. En mars 2019, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a reconnu pour la première fois les enfants en tant que défenseurs des droits de l’homme et a déclaré que les États doivent garantir aux mineurs un environnement sûr lorsqu’ils défendent leurs droits liés à l’environnement. Cette résolution a été suivie en juillet 2019 par une résolution dans laquelle le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a pour la première fois mentionné les filles en tant que défenseuses des droits de l’homme.

© DCI / Emah, advocate for girls' rights in Mauritania and winner of the DCI Children's Rights Award
© DCI / Girls Advocacy Alliance video displayed during the side event on Girl Human Rights Defenders

Devoirs

Les intervenants ont formulé diverses recommandations lors de la table ronde. En résumé, les organisations de défense des droits de l’enfant, les gouvernements et les organisations internationales ont les devoirs suivants à faire:

  • Professionnels et organisations: appuyons-nous réellement et encourageons-nous la participation des filles et des garçons en tant que défenseurs des droits humains? Ou faisons-nous partie du problème (par exemple, être paternaliste, symbolique, sélectif ou créant des conditions de participation)?
  • Les professionnels et les organisations doivent mieux rendre compte des problèmes rencontrés par les enfants qui défendent les droits humains;
  • Recueillir les points de vue des filles et des garçons sur le type de soutien qu’ils souhaitent et dont ils ont besoin de la part des adultes;
  • Veiller à ce que les filles défenseuses des droits humains n’opèrent pas seules, mais en groupes et qu’elles soient bien connectées et protégées par d’autres groupes et institutions;
  • Intégrer la promotion et la protection des défenseurs des droits de l’homme filles et garçons dans nos programmes et notre histoire dès le début du développement des programmes;
  • Les outils existants pour la protection et le soutien des défenseurs des droits de l’homme doivent être adaptés spécifiquement aux enfants, en tenant particulièrement compte des filles;
  • Nous devons faire un meilleur usage des mécanismes existants pour protéger les garçons et les filles, défenseurs et défenseuses des droits humains, y compris, le cas échéant, des mécanismes des droits de l’homme et des ambassades;
  • La protection des filles et des garçons en tant que défenseurs des droits humains doit être au même niveau que celle des adultes défenseurs des droits de l’homme, le plus tôt possible;
  • Nous ne pouvons pas attendre. Nous avons besoin d’une réponse immédiate pour les cas graves tels que ceux qui se produisent actuellement au Chili et en Bolivie.

[1] L’Alliance du plaidoyer pour les filles est une initiative conjointe de 5 ans entre Plan Pays-Bas, Terre des Hommes Pays-Bas et Défense des Enfants – ECPAT Pays-Bas. Le programme est mis en œuvre en partenariat stratégique avec le Ministère néerlandais des Affaires étrangères.