Défense des Enfants International se mobilise face au trafic et à la traite d’enfants en Afrique de l’Ouest

Les sections nationales de Défens des Enfants International (DEI) en Guinée, Libéria et Sierra Léone conduisent des activités de renforcement de capacité pour les agents d’immigration et de sécurité, et pour les acteurs des communautés locales dans le but de renforcement les systèmes de protection de l’enfant et de mieux prévenir et combattre le trafic et la traite d’enfants.

Quinze ans après l’adoption de la déclaration et du plan d’action de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEEAC) pour combattre la traite d’êtres humains, le trafic et la traite d’enfants restent bel et bien une réalité dans la région, particulièrement en Guinée, au Libéria et en Sierra Léone. Le département d’Etat des Etats-Unis le note bien : ces trois pays sont toujours considérés comme des pays d’origine, de transit et/ou de destination pour les enfants soumis au travail forcé et à l’exploitation sexuelle[1]. La traite d’enfants prend place tant à l’intérieur des frontières, principalement des campagnes vers la ville, qu’à l’extérieur, notamment en direction du Moyen-Orient, de l’Europe et d’autres pays Africains.

Alors que la politique d’ouverture des frontières dans l’Union du Fleuve Mano (UFM – Sierra Léone, Guinée, Libéria et Côte d’Ivoire) et la plus ample CEEAC a facilité et encouragé les échanges commerciaux et le mouvement des populations, elle a également rendu le contrôle des déplacements d’enfants plus laborieux. En effet, il est souvent difficile de distinguer entre passages illégaux des frontières et migrations/transits familiaux en toute légitimité. La prévalence de la corruption au sein des forces de contrôle de l’immigration agit comme un facteur aggravant et augmente le risque de trafic et de traite d’enfants. De plus, face à l’épidémie du virus Ebola qui a débuté en 2013, de nombreux enfants se sont retrouvés orphelins, seuls et/ou dans une situation particulièrement précaire, et les systèmes de protection de l’enfance dans les trois pays susmentionnés n’ont que très peu pu répondre à leurs besoins. Comme il a été démontré en temps de crises (ex. guerres civiles libériennes et sierra léonaise), la récente épidémie Ebola et la crise humanitaire qui s’est en suivie n’ont qu’augmenter le risque et l’occurrence de traite d’enfants.

Répondre aux défis immédiats de la protection de l’enfance

Suite à l’annonce de la fin de l’épidémie Ebola et la réouverture des frontières des pays affectés, Sabou/DEI-Guinée, DEI-Libéria et DEI-Sierra Léone se sont rencontrés à Freetown, en Sierra Léone, en Novembre 2015 pour discuter des défis et s’accorder sur les mesures à prendre pour aider les agences de sécurité et d’immigration à mieux prévenir, contrôler et combattre le trafic et la traite d’enfants. Des réunions avec les agents d’immigration et de sécurité se sont tenues en Mars 2016 aux postes frontières Genedema/Bo (entre la Sierra Léone et le Libéria) et Gbalamuya/Pamelap (entre la Guinée et la Sierra Léone).

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Les agents participants à la réunion ont soulevé quatre craintes/problèmes clés. Premièrement, ils ont confessés n’avoir qu’un savoir limité sur les lois et politiques pertinentes et applicables à la question du trafic et de la traite de personnes. Deuxièmement, ils ont mis en évidence la porosité des frontières et les nombreux points de passages illégaux, tout en notant le manque de ressources allouées pour un travail préventif coordonné avec les communautés locales. Troisièmement, le manque de ressources se fait également ressentir lorsqu’il faut traiter de cas concrets : lorsque les victimes sont arrêtées pars les agents d’immigration ou de sécurité, il n’y a pas de réelle structure pour les accueillir et leur offrir logement et soins nécessaires. Et quatrièmement, ils ont déclarés qu’un grand nombre d’enfants sont actuellement dans une situation où le risque est élevé, particulièrement ceux qui errent ou vendent aux marchés locaux.

Les trois sections nationales de DEI ont donc, sans plus attendre, mis en place un programme visant à renforcer les systèmes de protection de l’enfance dans les zones frontalières, et sont entrés en contact avec les acteurs clés : agents de sécurité et d’immigration, leadeurs des communautés, jeunes et organisations de la société civile tels que le Syndicat des Conducteurs Routiers et l’Association des Motocyclistes. Des programmes de formation ont pris place en Juin et Juillet 2016 aux frontières entre la Guinée et la Sierra Léone et entre la Sierra Léone et le Libéria, et dans lesquels 128 agents étatiques et des communautés locales ont pris part. Les sessions de formation se sont concentrés sur les instruments légaux internationaux, régionaux et nationaux qui interdisent et criminalisent le trafic et la traite d’enfants, ainsi qu’une ligne de conduite pour la réhabilitation et la réintégration des victimes. A la suite des réunions de trois jours de chaque côté de la frontière, une réunion conjointe s’est tenue le quatrième jour dans le but d’améliorer et de coordonner la collaboration entre les différents acteurs.

 

Vers une collaboration multi-niveaux  

Dès suite des réunions, il a été décidé que la question de la traite de personnes serait ajoutée à l’agenda des réunions mensuelles conduites conjointement par les agences d’immigration et de sécurité des pays concernés. Ceci permettra notamment un meilleur flux d’information et une meilleure coordination des efforts.

Les agents ayant participés à la formation se sont également rassemblés avec plus de 500 acteurs communautaires locaux. Ils ont notamment expliqués leur manque de personnel et la difficulté de couvrir la totalité des frontières, et ont engagés les communautés locales à jouer un rôle actif dans la prévention des passages illégaux des frontières. Un accent particulier a été mis sur le rôle clé des leadeurs et des jeunes des communautés, et il a été conclu que les communautés locales devraient mettre en œuvre le même modèle qui avait été appliqué au combat contre Ebola, notamment très strict quant au mouvement de personnes aux travers des communautés. Les jeunes des communautés locales ont particulièrement apprécié cette initiative et ont encouragé les agents de sécurité et d’immigration à travailler en cohésion avec eux pour combattre de manière effective le trafic, la traite et toutes autres activités criminelles.

L’initiative de DEI a été particulièrement louée par les responsables des gouvernements locaux et des ministères en charge des droits de l’enfant, qui ont notamment encouragé tous les acteurs impliqués dans la lutte contre la traite de personnes à se référer à leurs services en rappelant que l’identification et l’aide aux victimes font parties intégrantes de leurs mandats respectifs.

 

Pour les enfants, avec les enfants

En vue de consolider son intervention DEI a rappelé la nécessité de sensibiliser et d’intervenir auprès des acteurs les plus concernés par ce problème : les enfants, particulièrement ceux qui se trouvent déjà dans des situations à risque. Avec l’appui des participants aux sessions de formations, DEI a pu interagir avec des enfants dans 10 écoles, 4 communautés ainsi que ceux travaillant ou errant dans les marchés locaux. Au total, plus de 2’000 enfants ont été sensibilisés. Par exemple, DEI leur a rappelé d’être prudent et attentif lorsqu’ils interagissent avec des personnes qu’ils ne connaissent, et d’éviter au maximum ce type d’interactions. Il leur a été également expliqué que les trafiquants font preuve d’une générosité et d’une empathie factices, particulièrement envers les enfants pauvres et vulnérables, et ainsi leur permettre de mieux anticiper tout comportement suspect.

De manière générale, l’utilité du programme de renforcement des capacités et du système de protection de l’enfance dans le zones frontalières va au-delà des connaissances et outils pratiques acquis par les participants. Les relations entre les différents acteurs ont été renforcées, et le chemin vers une coordination plus efficace a été tracé. De plus, la capacité de compréhension et d’action des sections nationales de DEI qui ont initié ce programme[2] ont été renforcées, et permettront la soutenabilité du programme et la mise œuvre des futures actions.

 

[1] Département d’Etat des Etats-Unis d’Amérique, Rapport 2016 sur la Traite de Personnes: http://www.state.gov/j/tip/rls/tiprpt/2016/index.htm

[2] Ce programme a été rendu possible grâce au soutien financier du Fund for Global Human Rights