
« L’alerte précoce doit être suivie d’une action précoce. Mais où est cette action précoce après Gaza, le Liban, l’Ukraine, le Soudan ? Il est inadmissible et impardonnable que les droits des enfants soient bafoués et que nous ne parvenions pas à les défendre. Ce 30e anniversaire [du mandat sur les enfants et les conflits armés] exige davantage une prise de conscience qu’une célébration. »
— M. Alex Kamarotos, directeur exécutif de Défense des enfants International
Le mardi 10 mars, Défense des Enfants International (DEI), le Groupe de travail des ONG sur les enfants et les conflits armés et le Groupe des amis du mandat CAAC ont organisé un événement parallèle lors de la 61e session du Conseil des droits de l’homme intitulé « Protéger les enfants dans les conflits armés : 30 ans du mandat sur les enfants et les conflits armés ».
En 1996, le rapport novateur intitulé « L’impact des conflits armés sur les enfants », rédigé par Graça Machel, a profondément transformé la manière dont les Nations Unies et leurs États membres abordaient la protection des enfants touchés par les conflits armés. Ce rapport a mis en lumière l’ampleur et la gravité des violations commises à l’encontre des enfants et a appelé à une réponse spécifique à l’échelle du système.
Au cours de l’évenement de mardi, les intervenants ont dressé le bilan des avancées réalisées dans le cadre du mandat sur les enfants dans les conflits armés (CAAC), tout en reconnaissant la nécessité urgente d’agir face aux défis croissants que posent la mise en œuvre de changements systémiques et l’accès humanitaire.
Dans son allocution d’ouverture, S.E. Mme Alejandra de Bellis Bonilla, ambassadrice et représentante permanente de la Mission permanente de l’Uruguay auprès des Nations Unies, s’exprimant au nom du Groupe des Amis de Genève sur les enfants et les conflits armés, a souligné l’ampleur alarmante des violations dont sont victimes les enfants dans les conflits.
« Des rapports récents des Nations Unies mettent en évidence l’ampleur alarmante des violations dont sont victimes les enfants dans les conflits armés pour la seule année 2024. 41.370 violations ont été vérifiées, ce qui représente une augmentation de 25 % par rapport à l’année précédente ».
Mme Vanessa Frazier, sous-secrétaire générale et représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, a réagi à la recrudescence de la violence à l’encontre des enfants en appelant à un engagement renouvelé envers le mandat du CAAC.
La Représentante spéciale a appelé à un renforcement des partenariats entre les agences des Nations Unies sur le terrain, les organisations de la société civile, les organismes locaux et les États membres. Elle a surtout insisté sur l’importance de placer la voix des enfants au centre.
« Trop souvent, les décideurs consultent nos rapports et ne voient que des chiffres, noir sur blanc », a déclaré Mme Frazier. « Mais quand on entend l’histoire derrière l’un de ces chiffres, ce que ces personnes ont vécu, on peut humaniser ces chiffres dans le rapport, et cela fait toute la différence. »
Les participants ont pu entendre directement l’une de ces voix. Layan, défenseure des droits de l’enfant de Palestine, a évoqué le traumatisme, l’angoisse et l’insécurité qu’elle et d’autres enfants palestiniens vivent au quotidien. Elle a appelé les décideurs et la communauté internationale à prendre des mesures décisives : « Ils doivent assumer leurs responsabilités. Protéger les enfants en temps de conflit n’est pas une option. C’est une obligation légale et morale en vertu du droit international humanitaire ».
Khaled Quzmar, directeur général de DEI-Palestine, a évoqué l’absence de responsabilité et le mépris dont font l’objet les voix sur le terrain. Il a déclaré : « [Les Palestiniens] subissent de telles atrocités sans que personne n’en soit tenu responsable, ce qui est une honte pour la communauté internationale et pour le monde entier. »
Quzmar a souligné que les preuves d’atrocités, de violations des droits humains et de violences contre les enfants sont largement disponibles, mais que la volonté politique fait toujours défaut. Sans action politique, a-t-il averti, « [nous] continuerons à compter les victimes, à compter les violations ».
Abordant ce manque de responsabilité, M. Benoît Van Keirsbilck, membre du Comité des droits de l’enfant des Nations unies et point focal sur les enfants et les conflits armés, a appelé à un engagement mondial en faveur du mandat du CAAC, à des engagements mondiaux plus fermes et à des réformes visant à s’attaquer aux causes profondes des conflits.
« Nous connaissons les causes profondes : la pauvreté, les inégalités, le manque de reconnaissance par les États et la communauté internationale de leurs obligations au regard des normes relatives aux droits de l’homme », a-t-il déclaré. « [Nous avons également besoin] d’une réforme du Conseil de sécurité, et de l’ONU dans son ensemble, qui échoue lamentablement à prévenir les conflits en cours et à y répondre de manière adéquate. Agissons. »
Mme Mikiko Otani, présidente de Child Rights Connect et ancienne présidente du Comité des droits de l’enfant des Nations unies, a fait part du point de vue des organisations de la société civile actives sur le terrain. Elle a souligné que la responsabilité devait aller au-delà de la justice pénale. « La responsabilité doit être définie comme un processus global et à long terme impliquant tous les secteurs : la justice pénale, bien sûr, mais [également] la santé, la santé mentale [et] l’éducation ».
Mme Otani a exhorté les organisations de la société civile à continuer d’écouter et de faire entendre la voix des enfants dans leur lutte pour la sécurité et le bien-être.
Les intervenants de mardi partageaient un objectif commun : veiller à ce que la mise en œuvre complète du mandat de la CAAC ne prenne pas encore 30 ans. Comme cela a été souligné tout au long de la discussion, les prochaines étapes doivent inclure la mise en avant des voix des enfants touchés par les conflits armés et la mobilisation du soutien politique des États membres.
Sans actions concrètes, les enfants continueront de payer le prix fort.