Chaque fille ou femme mutilée est une de trop

Zeinebou TALEB MOUSSA,Présidente de DEI-Mauritanie-AMSME (Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant)

La pratique traditionnelle néfaste des mutilations génitales féminines (MGF), qui touche actuellement 200 millions de filles et de femmes dans le monde selon les données de l’Unicef, se produit principalement en Afrique, où l’on estime que 91,5 millions de femmes et de filles de plus de 9 ans vivent actuellement avec les conséquences des mutilations génitales.

Toujours en Afrique, on estime que chaque année 3 millions de filles risquent de subir ces pratiques traditionnelles dangereuses. Si la tendance actuelle se poursuit, 86 millions de filles supplémentaires âgées de 15 à 19 ans risqueront également de subir des mutilations génitales d’ici 2030, ce qui est contraire à l’Objectif de développement durable 5.3.

Les mutilations génitales féminines (MGF) sont une pratique culturelle extrêmement violente et néfaste, car l’excision est une violation de l’intégrité et de la dignité des filles et des femmes. Les lois internationales et régionales sur les droits humains condamnent ces pratiques comme des violations graves des droits fondamentaux. En Mauritanie, elle est souvent pratiquée à l’âge de la naissance et la majorité de la population la lie à la religion et l’appelle “Sunna”, ce qui est faux puisque les MGF n’ont aucun lien établi

avec les textes religieux, c’est une pratique ancestrale profondément ancrée dans les mœurs qui véhicule de nombreux préjugés sur les femmes.

En Mauritanie, quatre communautés ne pratiquent pas les MGF, par exemple les Wolofs, une ethnie d’Afrique de l’Ouest présente dans le nord-ouest du Sénégal, mais aussi en Gambie et sur la côte sud-ouest de la Mauritanie. Le bilan, tant physique que psychologique, est lourd. Il est impératif que les MGF soient considérées comme un crime odieux et une atteinte à l’intégrité physique et morale des femmes. Les jeunes filles et leurs familles doivent être alertées sur les conséquences psychologiques, sanitaires et sociales des MGF, qui entraînent souvent la mort de la victime ou un handicap à vie. Il est temps d’aller vers leur interdiction formelle et leur criminalisation. En effet, malgré l’ordonnance de 2005 sur la protection pénale des enfants, aucun cas d’arrestation ou de poursuite judiciaire concernant l’excision n’a été signalé en Mauritanie. La pression sociale et la stigmatisation peuvent être des obstacles majeurs à surmonter pour les survivantes.

Il existe de nombreuses idées fausses sur les MGF. Ce sont surtout des arguments culturels qui sont avancés, comme le rituel de passage à l’âge adulte, la pureté avant le mariage, l’appartenance à la communauté, etc. En Mauritanie, la fonction est attribuée aux “femmes les plus âgées”. Il existe donc des connaissances et un savoir-faire qui se transmettent de génération en génération. Ces femmes vivent de ces pratiques néfastes qui leur procurent une source de revenus. Il est donc nécessaire d’entreprendre un travail de longue haleine pour détruire cette classification sociale, encore jugée nécessaire, mais aussi pour la requalification des femmes en charge de ces pratiques.

Premier prix du ‘Children’s Right Award’ de DEI (2019), Emah, Mauritanie

 

C’est pourquoi les causes, profondément ancrées dans la tradition, nourrissent encore l’idée d’une telle barbarie. Il est donc urgent de mener des campagnes contre les arguments culturels, qui vont à l’encontre de l’intégrité physique et morale des femmes. Les contre-arguments culturels et scientifiques sont les bienvenus pour lutter massivement contre ces pratiques.

Un soutien de l’État (en dehors de la pénalisation) est nécessaire pour les campagnes envers les communautés car, jusqu’à aujourd’hui, les associations de la société civile et les ONG sont quasiment les seules à avoir entrepris un travail de terrain pour faire évoluer les mentalités et, dans la plupart des cas, les victimes de ces pratiques n’ont pas conscience des conséquences désastreuses sur leur santé. Par ailleurs, les MGF deviennent difficiles à éradiquer malgré les efforts de la société civile et des partenaires du développement car ces pratiques continuent d’envahir et de violer tous les droits humains des femmes et des filles, et les risques constatés de ces pratiques sont très souvent : urologiques, gynécologiques, infections, déscolarisation et échec scolaire dans les cas où l’excision est suivie d’un mariage précoce, douleurs lors des rapports sexuels et des menstruations, risques d’incontinence, complications lors de la grossesse et de l’accouchement, détresse psychologique, etc. Parfois, la personne excisée peut subir un choc violent accompagné d’une mort subite.

Face à cette situation préoccupante, la Mauritanie a la possibilité d’adopter une loi efficace sur les MGF au cours de cette année, en mettant tous les moyens en œuvre pour que le projet de loi existant soit soumis au vote. Cela représenterait un premier pas, mais il faut aussi garantir aux survivantes un meilleur accès aux soins médicaux, y compris au soutien psychologique.

Ainsi, l’éducation des jeunes filles, la mobilisation de masse et notamment des parents seront des facteurs importants pour prévenir ces pratiques néfastes. Le gouvernement doit soutenir les femmes exciseuses et les familles qui souhaitent abandonner l’excision mais craignent l’exclusion sociale. Enfin, une attention particulière à la protection et à la sécurité des défenseuses des droits des femmes et des filles, qui militent contre ces pratiques, sera essentielle pour éviter toute forme d’intimidation et de représailles contre leur activisme.

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