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Ebola, guérison et réconciliation: DEI-Sierra Leone en action

Guérison et rétablissement des enfants et des familles affectés par le virus Ebola au niveau communautaire.

Le cas de Mammy Fatu et de la communauté de Rosanda dans le nord de la Sierra Leone

 

L’épidémie de la Maladie à Virus Ebola (MVE) en Sierra Leone a affecté la vie de plus de 12.000 personnes, familles et communautés. Au-delà de sa contamination et du taux de mortalité, la MVE a créée de graves problèmes économiques et sociaux. La coexistence pacifique entre individus dans les communautés a été ébranlée, le blâme et le ressentiment entrainant souvent des tensions qui ne font que croître.

L’histoire de Mammy Fatu et de la Commune de Rosanda, dans la Province du Nord de la Sierra Leone, offre un excellent exemple des effets négatifs provoqués par l’épidémie du virus Ebola.

Tout a commencé quand Abass Kalokoh, résident de Aberdeen à Freetown, se sentant malade, a décidé de se rendre chez sa mère, habitante de la Commune de Rosanda, pour suivre un traitement traditionnel à base de plantes. A son arrivée, il a déclaré à la population de Rosanda qu’il avait été hospitalisé à Freetown mais n’avait jamais été déclaré positif au virus Ebola. Toutefois, étant donné que l’hôpital ne pouvait pas le guérir, il soupçonnait avoir été touché par le « pistolet d’une sorcière » et été persuadé d’avoir besoin d’un traitement traditionnel à base de plantes.

Mammy Fatu et sa famille

Sa mère, Mammy Fatu Kalokoh, a immédiatement contacté tous les herboristes de la communauté afin de guérir son fils. Malgré les efforts frénétiques des herboristes ainsi que des membres de la communauté pour le traiter, Abass est mort deux jours plus tard. Après des tests, il s’est avéré qu’Abass était en fait infecté par le virus Ebola. Tous ceux qui sont entrés en contact avec lui ont été infectés et la chaîne de transmission a été extrêmement rapide au sein de la communauté. Après sa mort, plus de cinquante membres de la communauté ont été infectés, dont 95% sont décédés.

Les membres de la commune de Rosanda ont rapidement exprimé leur colère envers Mammy Fatu et toute sa famille, non seulement pour avoir amené le virus dans leur communauté, mais aussi pour les avoir trompé au sujet de la négativité du test d’Abbas. Les membres de la communauté ont menacé de tuer Mammy Fatu et les autres membres de sa famille, physiquement ou spirituellement, afin de les dissuader de revenir à Rosanda. Après avoir été infecté, Mammy Fatu et sa famille ont été emmenées au centre de traitement de Matenneh à Makeni. Mammy Fatu survécu au virus avec quelques membres de sa famille dont sa sœur aînée, sa belle-fille (épouse d’Abass) et cinq neveux et nièces. Elle perdit toutefois quatre de ses enfants.

Bien qu’ils aient quitté l’Unité de Traitement du virus Ebola en Mars 2015, ils ont été forcés de rester au Centre Provisoire de Traitement d’Ebola à Makeni. De nombreux organismes ont tenté de les aider à se réinstaller de nouveau à Rosanda mais le ressentiment de la communauté envers la famille n’a pas pu être surmonté.

 

L’intervention de DEI

Lorsque Défense des Enfants International – Sierra Leone (DEI) a pris connaissance de l’affaire, elle a décidé de l’inclure dans son projet communautaire de guérison et de réhabilitation face à Ebola, qui fait lui-même partie du programme «Soins et Soutien aux enfants touchés par Ebola » soutenu par l’UNICEF. DEI-SL a commencé par identifier toutes les personnes concernées par le cas de Mammy Fatu et les a reçu pour des entretiens individuels. Plusieurs réunions ont eu lieu afin d’écouter leurs opinions, mais également pour fournir des conseils et discuter des possibilités de retour de Mammy Fatu et de sa famille. DEI a cherché à créer un sentiment d’empathie et a réussi à convaincre les membres de la communauté que Mammy Fatu était aussi une victime, non seulement parce qu’elle avait perdu ses proches, mais aussi parce qu’elle souffrait de ne pas pouvoir revenir à Rosanda et de retourner à sa vie habituelle. DEI-SL a informé les membres de la communauté que sa famille et elle-même voulait retourner dans la communauté afin de présenter leurs excuses pour les dommages causés et obtenir le pardon de la communauté avant qu’elle ne décède. DEI-SL a également expliqué aux personnes que les enfants survivants de Mammy Fatu étaient en mauvais état de santé et refusaient de manger en raison de leur culpabilité.

La procédure a duré un mois et a réuni différents groupes: les jeunes de la communauté; les personnes âgées, y compris les dirigeants communautaires; les chefs (le Chef Suprême et le Chef de Section); les familles les plus lésées; Mammy Fatu et sa famille; et le Ministère de la Protection Sociale, de l’Egalité et de l’Enfance.

En parallèle au processus communautaire, DEI-SL a également fourni un soutien constant à Mammy Fatu et à sa famille qui exprimaient sans cesse leur crainte quant à leur sécurité, et ce même lorsqu’ils étaient au Centre Provisoire de Traitement.

Lorsque le Chef de la Section de la Commune de Rosanda a exprimé sa volonté de prendre en charge le processus de réconciliation, DEI-SL a décidé de faire équipe avec lui afin d’améliorer le dialogue au sein de la communauté. Une réunion générale de la communauté a ensuite été co-organisée par DEI-SL et le Chef de Section, avec la bénédiction du Chef Suprême. Au cours de cette réunion, un plan holistique de réconciliation, de guérison et de purification a été développé, dans lequel a été inclus le retour de Mammy Fatu et de sa famille ainsi que la guérison et la purification des enfants qui ont perdu leurs familles à cause d’Ebola. À la fin de la réunion, les membres de la communauté ont demandé au Chef de Section et à DEI-SL d’informer le Chef Suprême et le Centre d’Intervention d’Urgence du District (CIUD) qu’ils avaient pardonné à Mammy Fatu et à sa famille et qu’ils étaient prêts à les recevoir et à se réconcilier avec eux. Le lundi 13 Juillet 2015, DEI-SL a accompagné le Chef de Section à Makeni pour faire parvenir officiellement le message de la communauté au CIUD et exprimer la volonté des membres de la Commune de Rosanda de réintégrer Mammy Fatu et sa famille.

 

Réconciliation officielle à Rosanda

Le samedi 25 Juillet 2015, DEI-SL, en collaboration avec le Ministère de la Protection Sociale, de l’Egalité et de l’Enfance, l’UNICEF et le Centre d’Intervention d’Urgence du District (CIUD), a organisé un événement à Rosanda afin de remettre officiellement Mammy Fatu et sa famille au Chef Suprême de la chefferie de Paki Massabong. Les participants de l’événement étaient: le Chef Suprême de la chefferie de Paki Massabong, PC Kabobom II; le Chef Suprême de la chefferie de Bombali Shebora, PC Bai Shebora Kassange II; d’autres dirigeants et chefs traditionnels; des dignitaires de l’UNICEF; MPSEE; le Ministère de la Santé et de l’Assainissement; CIUD; DEI-SL; d’autres ONG; des mobilisateurs sociaux; les survivants; et les enfants et jeunes.

Raymond Senesie, le responsable du programme de DEI-SL dans le district de Bombali, a présenté l’événement et a particulièrement mis en évidence l’évolution du processus de réconciliation jusqu’à ce jour. En faisant sa présentation au nom du Ministère de la Protection Sociale, de l’Egalité et de l’Enfance, Madame Joséphine a déclaré que «les survivants du virus Ebola sont des piliers stratégiques dans le Programme de rétablissement face à Ebola en Sierra Leone» et que «la stigmatisation ne doit pas être tolérée et les survivants devraient contribuer au développement de leurs communautés». Madame Joséphine a ajouté que la cérémonie de réconciliation, de guérison et de rétablissement des personnes touchées, en particulier pour Mammy Fatu et sa famille, a été conçue pour redonner de l’espoir parmi les membres de la communauté et prouver qu’ils n’ont pas tout perdu du fait d’Ebola. Elle a conclu en disant que «cela leur donnera l’occasion d’apprendre de leurs erreurs individuelles ce qui permettra d’éviter toute propagation du virus dans la chefferie». Des déclarations ont également été faites par Mme Olivier Angelique (UNICEF), par les membres du CIUD, World Hope International (au nom des mobilisateurs sociaux), le président survivant de Bombali et le chef de l’une des familles les plus touchées.

Par la suite, le chef du CIUD a présenté Mammy Fatu et sa famille au Chef Suprême. Au nom de la chefferie de Paki Masagbong, PC Kabobom 11 a déclaré: « ceci est un jour historique et si nous ne les acceptons pas qui d’autre va le faire pour eux? Laissez-nous une fois de plus vivre dans la paix et l’harmonie ». Cependant, il a mis en garde tous ceux qui voudraient tenter d’intimider Mammy Fatu et sa famille que les « lois du pays dicteront les meilleures décisions si quelqu’un tente de tourmenter les survivants ou les personnes affectées par Ebola». Il a cependant demandé à Mammy Fatu et aux autres survivants d’être tolérants et de ne pas tenir compte des commentaires et des ragots.

« Laissez-nous une fois de plus vivre dans la paix et l’harmonie »

Mammy Fatu, au nom de sa famille, a remercié les chefs Suprêmes, DEI-SL et l’ensemble de la communauté pour lui avoir rendu le sourire après une période éprouvante. Elle a demandé à tout le monde et en particulier aux enfants de lui pardonner pour la perte de leurs familles.

L’apogée de l’événement a été la réalisation d’une cérémonie traditionnelle / culturelle / spirituelle pour purifier Mammy Fatu, sa famille et les enfants orphelins. La cérémonie a débutée avec des prières, suivies par une bénédiction par l’eau des récents orphelins, Mammy Fatu et sa famille. Selon la tradition, cela permet d’apaiser les morts et de les déconnecter des membres vivants de leur famille. En l’absence de cette cérémonie, la croyance veut que les enfants continuent de rêver des défunts, ce qui affecterait par conséquence leur état de santé physique et mentale. A la fin de la cérémonie, le MPSEE, DEI-SL, l’UNICEF et les chefs ont emmené Mammy Fatu à son domicile et lui ont fourni du matériel pour sa réinstallation, tel que des matelas, des produits alimentaires et des articles de toilette.

DEI-SL envisage maintenant de continuer à soutenir Mammy Fatu et sa famille en leur offrant une subvention pour participer à des activités de relance économique.

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