Enfants et détention en Palestine

Article – Le Courrier 26.11.18

Enfants palestiniens toujours violentés en Israël

A l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’enfant, trois ONG ont dénoncé les violences et l’enfermement infligés chaque année à des centaines de mineurs palestiniens.

lundi 26 novembre 2018 Christophe Koessler

Des enfants palestiniens dans le nord de la bande de gaza en 2012. KEYSTONE/ARCHIVES

Proche-Orient

Depuis l’an 2000, plus de 12 000 enfants palestiniens ont connu les geôles israéliennes. Et la tendance est à la hausse: «Fin 2014, 156 mineurs étaient détenus au même moment, puis ce chiffre a plus que doublé, passant à 350», précisait le 20 novembre Philippe Eddé, d’Amnesty International, lors d’une conférence sur ce thème organisée à Lausanne à l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’enfant.

Pour plusieurs ONG, dont Defense for Children International et Médecins du monde, les mauvais traitements dont ils sont les victimes s’apparentant dans certains cas à de la torture, n’ont pas diminué depuis la publication d’un rapport complet du comité ad hoc onusien en mai 2016 (notre article du 22 juillet 2016).

«En 2018, nous avons mené une étude sur les cas de 85 enfants à qui nous apportons une aide juridique et sociale: 78% d’entre eux ont subi des violences physiques, 55% sont agressés verbalement et humiliés et 14% sont mis à l’isolement, pour des durées pouvant aller jusqu’à vingt-six jours. Certains se suicident», indique Alex Kamarotos, directeur de Defence for Children International.

Les enfants n’ont pas droit à un avocat

Jugés par des tribunaux militaires, les enfants n’ont pas droit à un avocat avant de comparaître et se voient contraints de signer des aveux en hébreu, langue qu’ils ne comprennent pas, déplorent les organisations de la société civile. Certains sont placés de longs mois en détention administrative sans accès à un juge.

Nonante-neuf pour cent des enfants arrêtés seront condamnés et purgent généralement une peine de plusieurs mois de prison. La grande majorité des mineurs sont condamnés pour avoir jeté des pierres aux soldats, d’autres pour les avoir simplement invectivés – souvent en réponse à des vexations – aux checkpoints où nombre d’entre eux doivent passer pour aller à l’école.

Pour les associations, ces pratiques constituent toutes une violation flagrante du droit international, notamment de la Convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU, qui précise que l’enfermement d’un enfant ne peut être qu’une mesure de dernier ressort, d’une durée aussi brève que possible. Les ONG demandent depuis longtemps son interdiction pure et simple et ont réussi à obtenir que les Nations Unies mandatent l’élaboration d’une étude sur le sujet, qui sera publiée en 2019.

Tous les mineurs passés par la prison israélienne passent brusquement à l’âge adulte: «On leur vole leur enfance», commente Alex Kamarotos. L’impact sur leur santé et sur leur parcours scolaire est souvent dramatique: «Angoisses, insomnies, incontinences nocturnes, hypervigilance, et toutes sortes de syndromes post-traumatiques résultent du traitement qu’ils ont subi», relève le professeur Nago Humbert, président de Médecins du monde Suisse. «Mais ce qui m’impressionne le plus chez eux c’est leur résilience. Je m’attendais à voir des enfants pleins de haine, prêts à se faire sauter aux checkpoints, mais non, j’ai rencontré des enfants malades. Ils veulent vivre une vie normale et sont de par leur expérience plus motivés à participer à des groupes politiques», conclut le docteur.

 

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